1994, AUTOMNE, MOSCOU

Théâtre Krasnaya Presnia :
Un théâtre novateur de Moscou ; j'ai vu à Marseille, il y a deux ans et demi, dans l'ancienne manufacture des tabacs de la SEITA, Les Trois Soeurs monté par Pogrebnitchko, le directeur artistique.

Aujourd'hui, la statue de Youri Dolgorouki, en face du Mossoviet, m'indique la direction à suivre pour Na Krasnoï Presnie.
Où je crée Baïkal Amour Magistral II en russe, cette pièce inachevable que j'écris depuis si longtemps.
Deux ans après la première allemande.

Par les coulisses, après la répétition, une nuit, j'accède au passage secret qui communique avec la deuxième aile du bâtiment.
Consolidé avec les grosses pierres blanches de soutènement du Kremlin, le labyrinthe passe par les fondations de Moscou du XIVe siècle et permet de traverser le passage Kislovski.
C'est à quelques mètres de là que Konstantin Stanislavski habitait.

Première :
Je joue un petit rôle dans le spectacle et entre en scène par une trappe que j'ouvre depuis le souterrain.
Perché sur une échelle de bois branlante, je revois mon texte avec une bougie, d'ici, j'entends bien les réactions du public.
Anastasia est en retard.
Nina rit, Sacha a apporté une caméra vidéo, il y a Ioulia dans la salle.

Deux acteurs logent chez moi, dans le deux pièces de Gospitalny Val. Après le spectacle, ils boivent tellement qu'ils se perdent dans Moscou.
Je ne les revois plus.

Le spectacle fait bruisser ses fuseaux dans les "cercles". Les créations expérimentales sont encore assez rares à Moscou, la dramaturgie européenne méconnue, l'hebdomadaire Sovietskaya Kultura consacre une page à l'événement, les autres journaux suivent.
Alors, tout le monde veut me voir.
Je pars à Samara.
Et là-bas, rencontre un homme étonnant.