| 1992-93,
HIVER, PRINTEMPS, AUTOMNE , KAZAN
Et
voilà. - Je m'en vais étudier à
l'université de Kazan ; rien de moins que ça
!
Maxime Gorki - Mes universités
Au
chevet de Lénine.
Il
y a des noms de capitales ou de pays qui évoquent
plus que d'autres les mondes ou les peuples engloutis
par l'Océan de l'histoire.
Atlantide, Aleph, Babylone...
Kazan fait partie du club fermé des lieux telluriques
où tôt ou tard, l'aventure conduit un
voyageur en quête de souvenirs enfouis.
Un
affilié Naqshbandi, la confrérie religieuse
aux oraisons tues, Darmand Darvish Baha-ad-Din Vaisov,
fonde à Kazan une "maison de prières"
en 1862, il prêche le refus de l'impôt
et entre en relations avec Tolstoï.
Son fils, Hinan Vaisov, dirige le Régiment
de Dieu aux côtés des bolcheviks, il
meurt avec ses disciples, défait par les autonomistes
tatares musulmans, en février 1918.
Ancien
centre intellectuel et scientifique de la Russie du
XIXe siècle, c'est jusque dans les années
vingt, une cité marchande qui respire l'opulence
bourgeoise.
Les
marchands de Khiva s'y fournissent en femmes.
Lobatchevski enseigne sa folle idée de parallèles
qui se rejoignent au centre de la terre.
Pouchkine rencontre Karl Fuchs.
Grigori
:
J’étais en pleine répétition
de BAM I une histoire de fous dans la Ruhr,
lorsque la directrice du théâtre m'invite
bon gré mal gré au restaurant.
Le directeur du Grand Théâtre Russe de
Kazan débarque en Allemagne et sa tournée
comprend Remscheid.
Depuis que j'ai traversé Kazan à mon
premier retour d’Omsk, je pressens que cette
ville est beaucoup plus qu'une station de passage.
Une belle gare de briques rouges, siècle-dernier,
où l'on pense à Michel Strogoff, Dumas,
Théophile Gautier en regardant par la fenêtre
gelée du coupé.
Il y a les quais, des gens pleins de paquets et au
loin la ville, les cloches du Kreml.
Ce
qui intéresse Grigori, c'est en premier lieu
de bien manger, puis faire tourner ses spectacles,
mais pas à n'importe quel prix. Il est tout
à fait conscient du coût de ses efforts
et au fond, que les acteurs jouent à Kazan
ou à Köln, il n'y voit qu'une différence
d'embêtements.
Nous avions bu déjà beaucoup de bières
au restaurant espagnol local lorsqu'il me demande
finalement ce que je fais, dans cette ville post-Tchernobyle.
J'explique le texte, la métaphore, l'idée
de ma mise en scène, la médaille d'Igor...
Il s'en fout, propose d'importer des magnétoscopes
en Russie. Je parle des acteurs, cinq Français
de Paris et un Russe de Tchéliabinsk. Il demande
à tout hasard le nom de l'acteur russe.
-
" Séva Mezentsev.
- Séva Mezentsev, de Tchéliabinsk...
Mais c'est un de mes anciens comédiens, il
a joué cinq saisons chez nous avant de repartir
pour l'Oural."
Cette
coïncidence crée un sentiment de sympathie
réciproque qui nous fait bien rire.
Nous décidons de nous revoir à Kazan
et envisageons une collaboration.
Je propose tout de suite le Dom Juan de Molière.
-
"On en reparlera avec le premier metteur en scène
du théâtre...
- J'espère.
- Dans vos restaurants, on attend aussi longtemps
que dans les nôtres, mais chez vous, les plats
arrivent chauds !"
Pour
Grigori, le travail est une fatalité à
laquelle il se plie avec philosophie parce qu'il n'admet
pas les contradictions.
Premier directeur de théâtre russe non
membre du parti communiste, il a été
porté par le courant réformateur des
années Gorbatchev.
Il a même été député
quelque temps, mais ça, il ne s'en vante pas
trop.
Il est juif, il dit qu'il s'entend bien avec les Tatars ;
au fond, il les emmerde.
Décembre
1992 :
Je suis malade lorsque je descends sur le quai enneigé
de la gare, précipité.
Je dormais, le train continue aux confins de l'empire,
pas une seconde à perdre, sauter en route.
Je cherche le théâtre, marche longtemps
dans Kazan.
Avec le froid, la fièvre se calme.
Kazan est une ruine lépreuse, les façades
des belles maisons ne cachent plus de stucs mais des
appartements communautaires délabrés,
des magasins sombres et froids.
Un petit tram soviétique avec l'inscription
"paix au monde" dégringole la rue
Boutlerov, sa perche est faite d'un U renversé
qui provoque une gerbe d'étincelles avant de
s'arrêter à la station du Koltso.
Je prends un taxi.
Ancienne ville de bordels.
Rue Ostrovski, résidence des acteurs du Théâtre
Katchalov, restaurants Vostok place Kouybychev, restaurant
Kazan rue Bauman...
Gorki.
Lieux chimériques, plafonds peints bleu-nuit,
murs bordeaux, dorures écaillées un
peu partout, petites salles privées avec la
patine d'un siècle de négligence, service
particulier, vodka, des personnages entrent, sortent,
ils cherchent, commercent, ils reviennent.
Au
restaurant Kazan :
C'est Grigori qui paie.
Il a ouvert un compte au nom du théâtre
dans le rade.
Iouri Illine, le premier metteur en scène est
originaire d’Omsk, nous évoquons des
souvenirs...
Il maîtrise la vodka.
Unité de mesure, 100 grammes.
Avec lui nous discutons le contrat de la mise en scène.
En fin de repas, les fresques peintes sur les murs
dansent d'infernales sarabandes.
C'est
le siège de la pègre locale, les filles
du siècle passé, petit à petit,
réapparaissent.
Ivre
en ville :
Les arrières-cours sont des lieux secrets que
font découvrir les jeunes femmes qui traînent.
Il n'y a pas beaucoup de flâneurs.
Je m'égare dans cette ville de merveilles,
un conte se déroule sous les yeux, je cherche
Ivan le Terrible en contournant plus de vingt fois
le Kremlin pris par ses armées au XVIe siècle.
Je me souviens de N. Tcherkassov lorsqu'il crie :
A Kazan ! dans le film d'Eisenstein.
Ivan le Terrible.
Grozny.
Explosions, Prokofiev, prise de la ville...
Les
Russes, après des années de siège,
ont creusé un tunnel sous la rivière
Kazanka pour pénétrer dans la ville
fortifiée.
Un petit monument commémoratif à l'intersection
de la Volga.
Comme une pyramides de Méroé.
Voilà, c'est de là qu'Ivan IV a scellé
le sort du khanat de Kazan.
Ils
disent qu'il est moitié tatar.
Demi-défaite.
Au
théâtre Katchalov :
Le "Grand Théâtre russe" Katchalov
est un des plus anciens de l'Empire, fondé
en 1791 par le duc S.M. Barataev, il est "nationalisé"
en 1929 et prend à cette occasion le titre
de Bolchoï, grand.
Trois Bolchoï en URSS, l'opéra
de Moscou, le théâtre de Leningrad, le
théâtre russe de Kazan.
Il accueille, étudiant, le jeune Oulianov,
dit Lénine, en spectateur, Chaliapine à
ses débuts.
Tolstoï, Mendeleev, Maxime Gorki et récemment,
Rudolf Noureev, qui est revenu avant de mourir.
V.I.
Katchalov y joue de 1897 à 1900, durant ces
trois saisons, il interprète plus de 30 rôles,
dont Cyrano.
Ostrovski, Shakespeare, Schiller.
Son succès est tel qu'on l'invite à
rejoindre la troupe du Théâtre d'Art
de Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko à
Moscou. Katchalov est si aimé que le jour du
départ pour la capitale, la population le porte
en triomphe.
Depuis son logement, près du Lac Noir.
Jusqu'à la gare.
Avec toutes ses malles.
J'erre
dans le théâtre.
Un lieu habité de souvenirs.
Je me promène dans les vastes couloirs du foyer
où vertigent les photos des défunts
illustres, rythmés de lustres Damski, années
30.
Répressance.
Jamais
personne n'a monté le Dom Juan de
Molière.
Une étrange incertitude m'envahit peu à
peu mais il est bien trop tard pour faire demi-tour.
Ce sera une grande première.
La
tour de Suyun Bike :
Suyun Bike est une reine tatare si belle qu'un prince,
après avoir conquis le khanat de Kazan, veut
la prendre pour femme.
Elle lui dit qu'elle sera sienne lorsque, pour prouver
la force de son amour, il lui construira une tour
de sept étages.
En sept jours.
Ce qu'il fait, parce que le désir est un levier
puissant.
Suyun Bike demande alors à se rendre dans la
tour, y gravir les sept étages pour vérification.
Une fois en haut, elle enjambe le parapet et se jette
dans le vide.
Ainsi s'achève la vie de Suyun Bike, la plus
adorée des reines tatares.
On peut aujourd'hui voir cette Tour de Suyun Bike,
légèrement penchée, comme pour
montrer la pente suivie par la reine, mais on ne peut
plus gravir les sept étages, elle est définitivement
fermée.
Sergueï
Genaditch Skomorokhov :
Né à Komsomolsk-sur-Amour, formé
à l'école du Théâtre d'Art
de Moscou, premier décorateur au Katchalov.
C'est le plus grand scénographe de la Volga,
tous les théâtres le demandent. A quarante
ans, il a déjà réalisé
plus de 200 décors.
C'est avec lui que je m'entends pour le Dom Juan.
Un
matin, il dévoile les armes du tsar Nicolas
II, cachées au centre du premier balcon, face
à la scène. De bouche de premier décorateur
à oreille de premier décorateur, le
secret est transmis depuis près d'un siècle.
Aujourd'hui, Sergueï gratte la cache de plâtre
qui recouvre les armes.
Nous découvrons un "N" russe, assez
insignifiant, entouré de lauriers maladroits.
Je suis déçu, la belle gerbe soviétique
a plus de classe, elle plastronne en face, au centre
du cadre de scène, c'est si haut que personne
n'a l'envie ni l'idée de l'effacer.
Sergueï
est un homme bon.
Plus beaucoup de cheveux, le regard triste, charmeur
et profond, visage joufflu, presque poupin.
Une démarche lente, titubante mais preste et
leste si nécessaire.
Un ourson.
Un russe du fond des âges, sorti de chez Tourgueniev.
Il est mélancolique, paresseux, travailleur,
doué, gourmand, solide.
Un ami.
Nous nous retrouvons souvent dans son atelier, loin
de la scène, dans une partie du bâtiment
qui donne sur la rue Baumann. On peut toujours rendre
visite à Sergueï en fin d'après-midi
avec de la vodka, son atelier est un lieu préservé,
on y parle et parfois, mais c'est rare, il y a des
disputes.
Histoires de femmes.
Sensible comme un enfant, il a une faculté
fulgurante de création et des sautes terribles
de vide absolu.
Parfois, Flora passe le voir pour avaler 200 grammes
d'alcool.
Les
murs s'effondrent par plaques entières sur
ses croquis, il est temps de faire un rémont,
mais où aller pendant ce temps ?
Dans les ruines, une centaine de tableaux, études
de décors. Dostoïevski, Pouchkine, Tchekhov.
Des pinceaux, des crayons, du papier, des couleurs,
des maquettes, les photos se déchirent, des
bouteilles vides roulent avec une ancienne tranche
de pain entamée. Un fauteuil de style éclectique
et des lampes agit-prop des années
vingt.
Sergueï, ses mains dodues, comme un fauve, terré
dans une grotte, entre ses doigts, une mine de graphite,
du noir, une page qui se dessine, les yeux inspirés,
il se jette comme une masse sur le dossier de son
trône.
*-
" Kto prichol ? Nou, daragoï !
Mèèèssiééé !!!"
Février
1993 :
Première réunion dans le bureau de Iouri
Illine.
Seul, en face, 17 acteurs rompus à un système
de travail carcéral.
Les copies de la pièce, les rrroli,
comme on dit, ne sont pas prêts.
Dispersion.
Je donne la distribution, contestations, satisfactions.
Le Théâtre Katchalov a une photocopieuse
Xérox, toute blanche, depuis quelques semaines
et du papier soviétique gris.
Il coince le chariot tout le temps.
Papier de mauvaise qualité, plus fin que du
journal.
Il disparaît.
On le retrouve dans les toilettes.
Lorsque
Zoïa Konstantinovna, la chef de troupe, après
une heure de retard, apporte les textes, les fauves,
je les ai domptés.
Nous commençons la répétition.
La
légende dit que la beauté des filles,
en Russie, vient de la Volga...
Lettre
à Julia L. :
Julia L., Théâtre de Frankfurt -O-
bout du monde.
Kazan, dans mon bureau, aujourd'hui.
Chère Julia, je viens de recevoir ton fax,
je lis et relis tes mots, nos souvenirs, si proches
déjà...
Ici, c'est la lune qui prédomine, pas la mer,
un port au bord de la Volga, mais surtout, la lune
qui découpe le temps sur le ciel de Kazan.
Je regarde la lune cette nuit, la lune parce que dans
cette lune, Julia, il y a tes yeux.
Le temps passe comme dans un ciel de mer pourtant,
les jours, les semaines s'enfuient comme les tempêtes,
reste au fond du coeur cette saudade, ici l'on dit
"Doucha".
Je survis, je survis, et passent les marées,
les guerres, je survis parce que c'est la dernière
insolence permise par le monde.
Je viens de recevoir ton fax, je lis et relis tes
mots, nos souvenirs, je suis ce soir si proche de
toi.
Protège-toi du monde et retiens la mer...
A bientôt, C."
Amaretto
:
Iline nous invite un soir, il apporte une bouteille
d'Amaretto. Personne n'a encore jamais vu ça.
Moi non plus, je ne connaissais pas cette merde. Vladimir
Stepanovitch, le vice-directeur, ancien champion d'URSS
du jeu de go, est étonné par l'Amaretto.
Il boit la bouteille en trente secondes.
Ensuite, il parle de sa femme qui travaille au Bolchoï
de Moscou, raconte Katchalov dont il a archivé
des enregistrements inédits effectués
au théâtre sur rouleaux de cire.
Mars
:
Je découvre, petit à petit, après
les répétitions, une atmosphère
de cirque ancien.
Le soir, des comédiens participent au montage
des décors. Valera qui joue Pierrot est également
ébéniste, il vient de casser le tour.
Nécessité financière.
Après les répétitions, lorsqu'il
y a des problèmes, on se retrouve entres hommes,
dans l'atelier de Skomorokhov, avec le directeur technique.
Parfois quelques décorateurs du théâtre
nous rejoignent. Mais nous ne permettons rien aux
acteurs.
La
machine à lumière de Farida Farkhoutdinova
:
J'ai enfin trouvé un compromis avec la lumière.
L'équipement est très ancien, début
de siècle.
Comme autrefois, la régie se trouve sous la
scène, les rhéostats manuels et les
changements d'effets, lents.
Il y a des compteurs, des manivelles chromées,
toute une centrale électrique avec des milliers
de fils conducteurs tendus savamment, comme des cordes
de harpe.
La tête de Farida Farkhoutdinova dépasse
parfois par dessus sa machine.
Elle se fait engueuler par tout le monde et disparaît
aussitôt.
Au cours des répétitions, elle s'endort,
alors, on tape de grands coups de pied sur la scène
à hauteur de son "périscope".
Des poursuites installées dans les loges du
premier étage permettent de pallier les lenteurs
de la machine souterraine.
L'appareillage, finalement impose une grande sensibilité
d'éclairage.
La souplesse, le respect du jeu d'ombre changeant
au rythme des manivelles et des poursuites d'appoint.
Dans une machinerie de sous-marin, Farida Farkhoutdinova
s'élève depuis son poste de commande
jusque dans la boîte du souffleur pour contrôler
un à un les feux.
Il
y a un portrait de Lénine dans le submersible,
des affiches de propagande, une icône et des
photos de Nicolas II avec sa famille.
Dom Juan, dernière création
avant l'installation d'une nouvelle régie achetée
en Autriche.
Un
songe:
Le théâtre, c'est un rideau rouge qui
s'ouvre sur un plateau en bois éclairé
par bribes, cerclé de rideaux noirs épars
et profonds.
Le rideau rouge, après l'avoir ouvert sur le
théâtre, on le referme et on a fait le
plus beau possible, simplement.
Bien sûr, parfois, des personnages sortent du
noir comme un rêve puis y retournent...
Mais le théâtre c'est le noir, le mouvement
du rideau, des lumières, du tissu, du noir,
du bois, du rouge.
Mai
:
Il y a les hommes, il y a aussi une ville historique
dans la course des peuples du monde et enfin, magie
des lieux, le théâtre. Un si vieux théâtre
que parfois, lors des répétitions, pris
par le doute, nous nous taisions dans l'espoir que
parlent les fantômes.
Le reste appartient à l'histoire, celle d'une
aventure théâtrale, éphémère.
Le travail avec les acteurs part dans les cieux et
disparaît dans le souvenir des gens, il ne reste
rien.
Il n'y a aucun plaisir à relire les articles
ou voir les images passées des télévisions.
Les photos peut-être.
C'était hier, demain nous serons vieux, nous
faisons l'histoire, notre histoire, c'est ça
le théâtre.
Le Dom Juan est sacré meilleure mise
en scène de la saison.
Je pars.
Octobre
:
205e saison au Katchalov, la ville organise un festival,
je suis invité pour l'ouverture.
Depuis mon retour, j'habite au théâtre.
Cet été, Grigori a créé
un appartement avec deux chambres d'une salubrité
discutable mais pratiques.
Je partage ce lieu avec Slava, metteur en scène
de Kostroma qui prépare un spectacle pour le
jubilé.
Dans la salle de bains, au-dessus du lavabo, une glace
; les ouvriers l'ont fixée à 2 mètres.
La serrure est toujours bloquée alors, un soir,
avec Slava, on défonce la porte à coups
de pied.
L'invitation
:
Anniversaire du théâtre, anniversaire
d'une révolution oubliée.
C'est la reprise du Dom Juan qui ouvre le
festival.
Lors des saluts, je me présente sur scène,
c'est la coutume, un gros monsieur monte depuis le
parterre pour m'offrir un bouquet de fleurs.
Il me félicite dans un français improbable.
Je fais connaissance avec le vice-président
de la République du Tatarstan, Vassili Nikolaëvitch
Likhatchev et son épouse, une dame très
amortie comme presque toutes les épouses de
personnalités de l'appareil en URSS.
Grigori nous convie avec le ministre de la Culture,
quelques conseillers de la Présidence à
un banquet aménagé à la va-vite
dans une jolie salle du théâtre dont
personne n'avait connaissance.
Soirée parfaitement morne que je supporte avec
curiosité.
J'approche les gens du pouvoir et déjà,
l'abîme d'ennui qui rayonne de ces personnalités
fascinantes me stupéfie.
Je
suis choisi pour créer un événement
culturel phare à Kazan.
Ce sera plus tard...
Il faut partir.
Grigori
profite d'un instant propice pour évoquer...
Likhatchev l'interrompt.
-
"Grigori Mikhaïlovitch, je vous ai compris !"
Grigori
Mikhaïlovitch est satisfait.
C'est
peut-être le signe d'une habileté à
la vie.
Départ
de Sergueï :
C'est terminé, Sergueï quitte le Katchalov.
Une sombre histoire, un malentendu avec Grigori, un
nouveau metteur en scène, bref, rien ne sert
d'en reparler, c'est fait, Sergueï quitte le
Katchalov et Grigori n'a pas refusé sa démission.
Il y a un pot d'adieu aujourd'hui, Sergueï pleure,
l'économe du théâtre, une vieille
Russe toujours saoule me prédit avec des bouts
de ficelle et une pièce de monnaie que j'aurai
deux enfants.
Il part diriger la scénographie au Kamal. Premier
Russe de l'encadrement artistique du théâtre
national des Tatars.
C'est Marcel obï Selimdjan, gourou de la scène,
artiste du peuple d'URSS qui l'embauche.
Ravi de dépouiller les Rrrous d'un
tel scénographe.
Sergueï avait fait quelques décors pour
lui il y a dix ans.
-
"Serioja, si tu as un problème un jour,
viens me voir."
Et
il devient premier scénographe au Kamal.
Mikhaïl
Ali-Hussein :
Russe-juif, il est originaire d’Iran.
Il vit à Moscou, un free-lance.
Ancien du Sovremenik le théâtre
originel d'Efremov, dirigé aujourd'hui par
Galla Voltchek, femme metteur en scène.
On se partage le plateau du Katchalov pour nos répétitions.
Ali-Hussein
rêve de créer un spectacle au théâtre
Tatar.
Alors, pour s'infiltrer, il convainc Grigori d'inclure
quelques comédiens du Kamal dans son Marchand
de Venise.
Shakespeare.
Le spectacle est joué chez Grigori en russe ;
un système deux théâtres...
-
"Grigori Mikhailovitch, je vous ai compris !"
C'est
une petite révolution culturelle car les théâtres
à Kazan, sont étanches. Ils ont leurs
troupes et leurs traditions. Ça coûte
à Ali-Hussen son énergie inépuisable
et une patience de cloporte pour organiser le projet
car personne n'encourage vraiment l'idée, mais
personne ne s'y oppose.
Bien sûr.
Il a une conception du Marchand qui m'intéresse
beaucoup, il cherche à...
Nous
sympathisons.
Ali-Hussen vit à l'hôtel Tatarstan, un
soir nous buvons trop dans sa chambre, cela ne se
passe pas très bien.
*
- Mais qui vient là ? Oh, mon ami !
Monsieuuu ! ! !
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