Je me souviens des représentations enfumées dans ce petit café-théâtre borgne d’une des plus sinistres rues de St Etienne.
La rue Antoine Durafour, où j’ai moi-même habité plus tard.
Il y avait des spectateurs violents, il est vrai que sur le petit plateau, nous n’y allions pas de main morte nous non plus. C’était excitant, il régnait une atmosphère incroyablement tendue, palpable… évidemment, nous en rajoutions.
Il y avait des gens passionnés qui revenaient tous les soirs, il y avait beaucoup de clients ivres et quelques petites frappes locales qui découvraient leur étonnement d’assister à une « pièce de théâtre ». Parfois, la brigade nocturne des flics faisait des descentes durant le spectacle, je crois même qu’une fois, cela a été tellement chaud que nous, oui, nous avons interrompu notre jeu sur scène le temps que les flics finissent leur cirque avec leurs pistolets et embarquent deux ou trois rebeus hilares et arrogants, armées, eux aussi, de pied en cap.
Nous jouions devant des salles incroyables de délinquants, d’intellos, de dealers, de musiciens, d’artistes locaux. Je me demande si c’était l’époque qui voulait ça, la ville, l’alchimie du temps où simplement mon inconscience mais je n’ai plus jamais retrouvé cette intensité physique de la représentation théâtrale nulle part au monde.

Christophe Feutrier, 2005